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Biodiversité : connaître
et préserver
C’est le mois du
développement durable en Seine-et-Marne ! Avec ses champs, ses forêts,
ses plans d’eau, ce département grand comme la moitié de l’Ile-de-France
offre un beau cadre de vie à ses habitants. Il abrite aussi une faune et
une flore extraordinaires. Une biodiversité méconnue sur laquelle le
Conseil général met ce mois-ci les
projecteurs.
Une biodiversité seine-et-marnaise
La biodiversité est un indicateur
fort de la santé de notre planète. En Seine-et-Marne, Dame Nature fut
généreuse. Il s’agit maintenant de mieux connaître et faire connaître
cette formidable biodiversité. Pour, in fine, mieux la préserver.
Un peu d’histoire.
Parmi toutes les étapes importantes pour la
biodiversité, retenons deux dates. D’abord 1992 et le sommet de la Terre
à Rio. Le monde réalise alors que les ressources naturelles ne sont pas
infinies et que la planète court un réel danger si les hommes ne
changent pas leurs habitudes et ne préservent pas la biodiversité.
Deuxième étape en juin 1995 avec la charte régionale de la biodiversité
d’Ile-de-France. A travers elle, la Région s’engage à agir en faveur de
la biodiversité. Il faut dire que l’on trouve en région francilienne
plus d’espèces de plantes indigènes que dans tout le Royaume-Uni !
Acteur emblématique de cette richesse francilienne : la Seine-et-Marne.
Un département au confluent des influences océanique, continentale et
subméditerranéenne. Témoin de ce brassage d’influences : la forêt de
Fontainebleau où se retrouvent des espèces représentatives
de ces 3 zones climatiques.
Une Seine-et-Marne couleur nature
• La Seine-et-Marne, c’est 60% de
terres agricoles et 22% de forêts dont le massif de Fontainebleau classé
réserve internationale de biosphère (28 000 ha).
• Le Gâtinais, à cheval sur l’Essonne et la Seine-et-Marne, est classé
parc naturel régional et s’étend sur 63 700 hectares dont 1/3 de bois et
de forêts.
•La Seine-et-Marne compte aussi une réserve naturelle nationale, 6
réserves naturelles régionales, 17 sites Natura 2000, 14 arrêtés
préfectoraux de
biotope, 277 Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et
floristique et 74 Espaces naturels sensibles (ENS).
• 1308 espèces de plantes sont recensées en Seine-et-Marne par le
Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien. Pour la faune,
plusieurs inventaires locaux ont été conduits mais aucun recensement n’a
encore été mené à l'échelle départementale : c’est un objectif de
l'Atlas de la biodiversité en cours de réalisation (voir page 18-19)
Dis, c’est quoi la biodiversité ?
La biodiversité, c’est d’abord l'ensemble du vivant : les plantes, les
animaux,les organismes microscopiques et leurs gènes. C’est aussi, ne
l’oublions pas, les différents paysages naturels constitués d'une
infinité d'écosystèmes de tailles variables (de la flaque d'eau à la
forêt). Dans ces écosystèmes évoluent des êtres vivants qui dépendent
d’éléments extérieurs (sol, relief, climat...) et exercent en retour
d’autres influences : ils s'entraident, se mangent ou sont en
compétition pour l'utilisation des ressources disponibles.
L'homme,espèce parmi les autres, fait partie de la biodiversité. C’est
donc un système d’interactions complexes qui créent un équilibre.
Certaines fleurs ne peuvent par exemple être fécondées que par une seule
sorte
d’insecte. Si celui-ci disparaît, la fleur disparaîtra. On le voit donc
: « La biodiversité, ce n’est pas uniquement une liste d’espèces, c’est
toute la richesse écologique que l’on trouve à travers la diversité des
milieux, des espèces qui y vivent et leur potentiel génétique »,
remarque Jean Dey, Vice-président du Conseil général chargé de l’eau, de
l’air et de la terre. La biodiversité n’est pas une photographie
immobile mais un ensemble d’interactions permanentes, sensible à tous
les changements d’origine humaine ou naturelle.
Drôles d'oiseaux
La forêt de Fontainebleau regroupe
une immense variété d’espèces végétales et animales. De très nombreux
oiseaux y résident à l’année, s’y reproduisent ou y font une simple
étape migratoire. Parmi eux : le martin-pêcheur, la fauvette pitchou,
l’aigle botté, l’alouette lulu, le balbuzard
pêcheur, la bécassine des marais, le butor étoilé, la pie grièche
écorcheur ou la rousserolle turdoïde...
Le temps d’agir
Depuis 1890,plus de 200 espèces de plantes et
beaucoup d’oiseaux (voir encadré p 19) ont disparu de Seine-et-Marne ou
n’y ont plus été observés. Que faire alors ? Chaque habitant joue un
rôle dans la préservation ou la destruction de la biodiversité. "On peut
ainsi planter dans son jardin des arbustes comme le noisetier ou
l'aubépine plutôt que le buddleïa (qui envahit les milieux naturels) ou
le thuya (qui forme un véritable mur vert, très pauvre en biodiversité)"
explique Olivier
Renault, chargé de la coordination de l’atlas de la biodiversité au
Conseil général. Autre habitude à abandonner : l’utilisation des
pesticides et des produits chimiques qui nuisent non seulement à la
qualité de l’eau mais aussi à la flore et la faune.« Oiseaux et insectes
n’apprécient guère les champs traités aux pesticides où rien d’autre ne
pousse que la culture qui y est plantée » confirme Romain Julliard,
maître de conférences au Muséum National d’Histoire Naturelle. Face à
ces défis, le Conseil général encourage les jachères fleuries, multiplie
les formations pour réduire le recours aux pesticides. Mais il veut
aller plus loin.
Tout le monde peut agir à son
échelle.
• Au niveau individuel, il suffit de ne pas tondre trop souvent la
pelouse, de laisser du bois mort servant d’hôtels à insectes, de creuser
un trou d’eau pour permettre aux oiseaux et aux insectes de se
rafraîchir et de se reproduire.
• Dans les communes, les élus locaux peuvent laisser un passage sombre
la nuit pour les chauves-souris qui ont besoin d’obscurité pour chasser.
Et si l’on éclaire moins, on fait des économies d’électricité... c’est
donc une mesure à la fois écologique et économique !
•Quant aux agriculteurs, ils peuvent laisser des zones non traitées, non
entretenues qui fournissent des réserves aux oiseaux pour l’hiver. Il
faut être tolérant envers les herbes qualifiées de mauvaises.
Faire savoir et préserver
Après avoir lancé en 2005 une
vaste étude sur la biodiversité, le Conseil général organise le 16 juin
un colloque qui dressera un premier bilan d’étape. L’occasion de
rassembler les meilleurs experts sur le sujet et de sensibiliser les
élus, les entreprises et le grand public.
Le Conseil général travaille depuis 2004 sur le
développement durable. Après le Plan eau,il vient de signer un Agenda 21
qui l’engage sur 46 actions. D’un point de vue environnemental, la
priorité est claire : gérer durablement les ressources et le patrimoine
naturel du département en protégeant la faune, la flore,les forêts,les
rivières,l'eau,le patrimoine,les villages,l'air,la terre... La relance
de la réserve de Biosphère à Fontainebleau,la signature de la charte
régionale de la biodiversité, la création d'un atlas des paysages, le
développement du programme haute qualité environnementale dans les
collèges vont déjà dans ce sens. Il s’agit maintenant d’aller plus loin.
Protéger et ouvrir progressivement les espaces naturels sensibles
Traduction de la richesse naturelle du département : les espaces
naturels sensibles (ENS). Des zones exceptionnelles, dont la qualité en
terme de faune et de flore exige une protection. Le Conseil général,qui
a légalement en charge la protection et l’entretien de ces ENS a décidé
de les ouvrir progressivement à un public sensibilisé, respectueux et
averti. Parmi ces ENS,une attention particulière est portée aux zones
humides. Espaces exceptionnels (ils hébergent, en France, le tiers des
espèces végétales, la moitié des espèces d’oiseaux et la totalité des
espèces de poissons et d’amphibiens), lieux d’abri, d’alimentation et de
reproduction pour de nombreuses espèces,ces zones épurent naturellement
et gratuitement l’eau, favorisent sa rétention et son infiltration pour
alimenter les nappes souterraines. Elles constituent des réservoirs
potentiels en cas de sécheresse, contribuent à limiter les inondations ;
elles sont des réserves de poissons très riches et des espaces
privilégiés pour les promenades à la découverte de la nature.
Grand colloque biodiversité le 16
juin !
Inscrit dans le cadre du mois du
développement durable en Seine-et-Marne, il se tient au Château de
Rentilly et s’ouvre l’après-midi au public. Au programme : présentation
des premiers résultats des observations lancées en 2005, appel à
l’observation de la nature et pour les grands et les juniors, un espace
découverte avec stands et exposition sur la biodiversité
seine-et-marnaise. (+ d’infos :
www.seine-et-marne.fr ; Inscription obligatoire : 01 64 14 76 12)
Coordonner la réalisation d’un atlas de la
biodiversité
A côté de ces espaces de biodiversité extraordinaires, cohabitent des
espaces ordinaires qu’il ne faut pas oublier. « Préserver des oasis de
biodiversité un peu partout tout en assurant une continuité biologique
globale » résume Jean Dey. Autrement dit : assurer une continuité
biologique pour permettre le passage des espèces d’une zone à l’autre et
optimiser le brassage génétique. Traduction concrète de cette volonté :
la mise en place des crapauds-ducs. Creusés à Sorques sous la RD 104,ces
derniers ont permis de sauver plusieurs milliers d’amphibiens obligés de
traverser la route pour se reproduire. Ecrasés par milliers chaque
année, ils étaient menacés et causaient des accidents liés à une
chaussée glissante.
Identifier les zones de nature ordinaire en lien avec les zones de
nature remarquable fait partie des objectifs de l’atlas départemental de
la biodiversité.
Engagé en 2005 par le Conseil général et ses partenaires (voir interview
ANVL) dans le cadre de la charte régionale de la biodiversité,ce
chantier s’étend sur plus de 3 ans. « Il offrira une cartographie de la
biodiversité de tout le département, pas seulement des zones très
connues comme la forêt de Fontainebleau » précise Olivier Renault,
chargé de la coordination de l’atlas de la biodiversité au Conseil
général. Cet outil permettra aux élus de mieux comprendre les relations
entre l’aménagement du territoire et l’évolution de la biodiversité. Il
pourra aussi mesurer l’effet des actions humaines
comme l’intensification des pratiques agricoles sur la biodiversité.
Cette cartographie ne sera pas figée mais dynamique,chaque milieu étant
suivi sur plusieurs années. À terme,cet atlas devrait guider les élus à
aménager leur territoire de façon plus écologique et durable.
Agir localement, penser globalement
Ecouter les oiseaux chanter,observer les papillons
voleter... Ce tableau bucolique est encore plus riche si l’on sait
reconnaître ces papillons et ces oiseaux. L’association Noé Conservation
et le Muséum National d’Histoire Naturelle ont créé un observatoire des
papillons de jardins. Chacun peut compter les papillons et (pour ceux
qui en ont un) aménager son jardin pour qu’il soit accueillant pour ces
hôtes colorés en évitant notamment d’utiliser des insecticides et de
tondre trop souvent sa pelouse. Bref, en jardinant plus naturellement.
L’ANVL (Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du massif
de Fontainebleau) et l’association de la réserve de biosphère de
Fontainebleau ont également engagé un programme de science
participative dans la forêt de Fontainebleau et le parc du Gâtinais
français. Associations et habitants sont invités à signaler certaines
espèces animales (hérisson, ragondin, chouette, hibou, tortue de
Floride..) et végétales, notamment les plantes invasives comme
l’ailante, la renouée du Japon, le Mahonia a quifolium ou le raisin
d’Amérique. « C’est une urgence écologique de préserver la biodiversité.
Prendre en compte la biodiversité aujourd’hui aura une influence sur le
visage de la Seine-et-Marne demain » conclut Jean Dey.
3 QUESTIONS À Christophe Parisot,
Directeur de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du
massif de Fontainebleau (ANVL)
Quel rôle jouez-vous dans
l’élaboration de l’atlas de la biodiversité ?
Sur des zones tirées au sort dans le département, nous recensons les
espèces animales que nous trouvons : oiseaux, papillons, libellules,
sauterelles, carabes (famille des colléoptères), amphibiens,
chauves-souris... Nous repérons les oiseaux grâce à leurs chants et
comptons les carabes que nos attrapons dans des pots-pièges.
Qu’observez-vous ?
Malheureusement, plusieurs espèces d’oiseaux comme l’outarde
canepetière ou le râle des genêts ont totalement disparu. En revanche,
le cuivré des marais, un papillon qui avait disparu, est réapparu dans
une zone protégée. Les actions humaines n’ont donc pas toujours des
conséquences
négatives sur la biodiversité...
Comment préserver la biodiversité ?
Les habitants, les collectivités, les agriculteurs ont un rôle
primordial à jouer. Ces derniers peuvent par exemple moins faucher les
chemins pour qu’ils soient plus attractifs pour la faune, planter des
haies (notamment au moment des remembrements) ou laisser des jachères
fleuries de plantes locales pour attirer les pollinisateurs...
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