
|1. Pansement, greffe, béquille et
suture s'accompagnent d'un protocole (en trois étapes) des
premiers soins. De quoi se laisser prendre au jeu.

|2. La surprise qui renferme la
surprise… L'art de la répétition ou l'étonnement à double
détente. La boite
en prétexte à l'objet, l'objet prétexte à cadeau… Collection
Plaisir d'Offrir conçue pour La Corbeille Edition à partir de 42
€ (le cendrier), miroir 160 €.

|3. "Les Editions Limitées" ou
l'anse dans tous ses états… Coffret de quatre tasses aux anses
vagabondes, expression d'une créativité instantanée,
aboutissement du projet "Ouvriers - Designers" mené de concert
par 5.5 designers et la Fondation d'Entreprise Bernardaud. 420 €
chez Bernardaud et 107 Rivoli.

|4. Haute tension ou
l'expression des moyens dans la consommation d'énergie. La
commande s'illustre d'un panorama contemporain et dessine avec
le paradoxe du raffinement les contours d'une centrale
nucléaire, de panneaux solaires, d'éoliennes, d'une centrale
thermique… 5.5 designers pour Legrand.

|5. Le mur pour aire de
jeu… Une gamme de papier peint pour les lieux où l'on s'ennuie (wc,
salle d'attente…) imaginée par 5.5 designers pour Lutèce Papier
peint (disponible dès novembre 2007). Une surface d'expression
posée vierge et sur laquelle les discrètes grilles de jeu
(labyrinthe, mots cachés,
Morpion) attendent d'être parcourues à la pointe de nos stylos.
5.5 designer
-
www.cinqcinqdesigners.com
La Corbeille Edition -
www.lacorbeille.fr
Bernardaud -
www.bernardaud.fr
107 Rivoli -
www.lesartsdecoratifs.fr
Legrand -
www.legrand.fr
Lutèce Papier peint -
www.lutece-gpfb.com
|
Comme les trois
mousquetaires qui étaient quatre, 5.5 designers compte quatre
membres. Née à la suite d'un projet de fin d'études, l'agence
créée il y a quatre ans a été baptisée de ce drôle de nom car
elle mobilisa à l'origine six jeunes designers (l'un travaillant
à mi-temps, d'où le .5). Aujourd'hui, les 5.5 designers ne sont
plus que quatre mais continuent de collaborer activement avec
d'autres jeunes créatifs mus par le même désir de rechercher de
nouvelles manières de concevoir des objets du quotidien. Le
compte y est, l'histoire peut commencer…
Donner une seconde vie aux
objets, c'était l'objectif du laboratoire de recherche "Réanim"
lancé en août 2003 par six jeunes diplômés en design.
L'expérience qui devait durer quinze jours s'est prolongée,
donnant naissance à une agence qui poursuit une démarche
créative et éthique emprunte de développement durable. Véritable
clinique des objets, Réanim propose de redonner vie aux objets
du quotidien. Il ne s'agit ni de les restaurer pour les faire
revivre comme au premier jour, ni de les réparer, ni de les
détourner mais de les réhabiliter, de les réanimer, de proposer
un avenir aux objets condamnés à disparaître.
Experts en anatomie des objets, les designers de l'agence
cherchent à ressusciter des objets mis au rebut en utilisant
l'accident, l'usure, la faiblesse comme matière à la création.
L'idée de Réanim est de proposer des "pansements" d'objets
permettant des interventions simples mais systématiques et
économiques. Ainsi, 5.5 designers commercialise des assises en
plastique qu'il suffit d'accrocher à l'aide de simples sangles
sur l'assise percée d'une chaise cannée pour lui redonner vie
tout en lui apportant une touche de modernité. Autre idée : le
kit de suture, une corde élastique à disposer en remplacement
d'une porte cassée. Grâce à ces objets astucieux, inutile de se
débarrasser de ses vieux meubles. "Nous voulons proposer une
alternative simple à la prolifération d'objets", explique
Jean-Sébastien Blanc qui rappelle : "il y a cinquante ans, les
gens gardaient les objets de génération en génération, c'était
avant que l'on passe à une société d'hyper consommation où l'on
achète et l'on jette en permanence".
CONCEVOIR AUTREMENT
"Nous ne savons pas exactement quelle place le design peut jouer
dans le développement durable mais il nous semble important de
réfléchir au cycle de vie des créations", remarque
Jean-Sébastien Blanc. Le collectif s'attache à prendre en compte
non seulement l'étape de création des objets mais aussi tout
leur cycle de vie : leur conception, leur naissance, leur
existence, leur mort… "Le designer se cantonne le plus souvent
aux questions esthétiques. Il intervient beaucoup trop tard dans
la création et ne s'interroge pas sur le recyclage des objets
qu'il fabrique. Il est pourtant essentiel de prendre en compte
cette dimension", remarque Jean-Sébastien Blanc. Donner
davantage de place aux designers pour imaginer des produits plus
éthiques, c'est l'un des objectifs de l'agence. Réinventant en
permanence le design, les quatre jeunes créatifs ont imaginé de
supprimer le packaging – qui produit une grande quantité de
détritus – en créant des objets qui emballent (au propre comme
au figuré) et font office de paquet cadeau. Un vase, une
tirelire, un chandelier, un miroir… l'emballage jetable se
résume à un ruban, le paquet se muant en cadeau. "Au lieu de
faire du tri sélectif, il est plus simple de limiter les
emballages ou même de les supprimer", remarque Vincent Baranger.
Pour 5.5 designers, le recyclage devrait être intégré dès la
conception des objets et pas assumé seulement par les
consommateurs finaux, comme c'est le cas actuellement.
ÉCOLO ATTITUDE
"Nous ne concevons pas volontairement des objets écolos. Mais
c'est une manière de penser et de concevoir qui nous semble
naturelle, qui est en nous", remarque Jean-Sébastien Blanc. "L'éco-conception
n'est pas le fer de lance de notre agence", précise Vincent
Baranger. Le projet "Ouvrier designer" mené avec l'atelier de
porcelaine de luxe Bernardaud répond à un souci de créer dans le
respect des trois dimensions – économique, écologique et sociale
– du développement durable. "En visitant l'usine de Limoges,
nous avons constaté que les ouvriers avaient un réel
savoir-faire. Nous avons alors décidé de leur offrir une marge
de liberté", explique Vincent Baranger. Partant de ce constat,
5.5 designers propose aux ouvriers d'imaginer des pièces
uniques, par exemple des saladiers spaghettis cuits sans avoir
été polis, à la manière des sculptures inachevées de Michel-
Ange ou des tasses à l'anse soudée tantôt à l'envers, tantôt à
l'intérieur, au gré des envies des ouvriers créateurs. "Nous
avons voulu faire participer activement les ouvriers au travail
de création", indique Jean-Sébastien Blanc. L'imagination
créative des travailleurs les a en effet transformés en
designers, l'espace de quelques semaines. De ce travail
expérimental est né notamment un coffret de quatre tasses au
look inattendu commercialisé par la marque. Un témoignage du
travail artisanal d'exception réalisé par Bernardaud et de la
réelle valeur ajoutée des ouvriers. Améliorer la qualité de vie
au travail et prendre en compte les aspirations des ouvriers
constitue un acte symbolique à l'heure où le mal de vivre des
salariés agite les médias.
LOGIQUE ÉCOLOGIQUE
Ecologistes dans l'âme, les quatre jeunes designers de l'agence
s'attachent également à sensibiliser les consommations à la
nécessité de consommer responsable. Dans cette optique, ils se
sont associés à l'électricien Legrand pour concevoir des
interrupteurs et des panneaux de commande décorés d'un visuel
rappelant les différentes sources d'énergie servant à produire
de l'électricité : barrages hydrauliques, panneaux solaires,
centrales nucléaires, éoliennes… une simple image constitue
ainsi un moyen simple de rappeler que chaque pression sur un
interrupteur a un impact sur l'environnement et que le meilleur
moyen de réaliser des économies d'énergie est de limiter sa
consommation. Aux côtés d'autres agences de design, 5.5
designers présente ses créations réalisées pour Legrand à
l'exposition "So Watt !" qui se tient jusqu'en septembre 2007 à
l'espace EDF Electra de Paris et entend sensibiliser la
population à la nécessité de ne pas surconsommer l'énergie
électrique. "Notre philosophie consiste à expliquer
systématiquement notre démarche", note Jean-Sébastien Blanc.
"Chacun des produits que nous fabriquons est porteur d'un
message. Nous ne réalisons jamais un produit uniquement parce
que nous pensons qu'il se vendra bien. Nous voulons que chacune
de nos créations apporte quelque chose par rapport à un
contexte", ajoute Vincent Baranger.
ESTHÉTISME ORDINAIRE
Se définissant eux-mêmes comme des acteurs de l'esthétique
conceptuelle, les créateurs de 5.5 designers n'hésitent pas à
travailler avec des marques comme Bernardaud, Legrand, le
fabricant de papier peint Lutèce ou encore Méresse, l'entreprise
de référence en matière de fabrication d'écussons touristiques.
En collaborant avec des entreprises au savoir-faire éprouvé, les
quatre jeunes designers apportent leur regard, neuf et novateur,
sans jamais rompre avec l'esprit de l'entreprise. Ils ont ainsi
créé pour Méresse des "écussons du quotidien" : décorer une
prise, une poignée de porte, une chasse d'eau, un plafonnier…
avec un écusson, il suffisait d'y penser, 5.5 designers l'a
fait. Partenaire des marques de référence du design, 5.5
designers développe également des projets personnels s'appuyant
sur un cahier des charges personnel. "Il faut revaloriser les
objets du quotidien, élever le statut de l'objet ordinaire",
estime Jean-Sébastien Blanc. Transformer un verre de cantine en
verre à champagne, jardiner son mobilier de jardin, faire du
papier peint un jeu de Sudoku ou de morpion, laisser chacun
libre de créer ses couverts personnalisés en vissant son objet
fétiche sur les pics d'une fourchette ou la lame d'un couteau…
5.5 designers entend transformer chacun en designer de son
quotidien. "La relation entre l'objet et son propriétaire est un
terrain d'expression", conclut Vincent Baranger. 5.5 designers
ou l'incitation à l'expression… Que nous réservent-ils encore ?
A suivre…
Pascale Decressac
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