
Remonter le fil de l'histoire et du design à travers des
portraits de style. Des lignes au caractère affirmé,
incarnations d'époques passées mais aussi un pont entre les
générations, comme le fauteuil Limande connu dans le monde
entier sous le nom de "Lemon Sole", dessiné en 1969 par Kwok Hoï
Chan et réédité cette année par Steiner

|Fil
conducteur de la marque, un art de l'assise sans cesse
renouvelé, réinventé… Adoré ou détesté, le style n'est
jamais neutre. A l'image du Chromatique, canapé ovni, libre
variation de chauffeuses droites, à dos étroit ou large,
modulables à l'infini au gré de l'imagination de chacun, dessiné
en 1970 par Kwok Hoï Chan et réédité cette année.

|Réédité
en 2003, le fauteuil Zen compte parmi les fauteuils
emblématiques de Steiner. Inspiré des idéogrammes chinois et
dessiné en 1969 par Kwok Hoï Chan, créateur fétiche de la marque
pionnière.
Auteur :
Patrick Favardin
256 pages
Prix public : 49 €
Editeur : Norma
Editions
Parution : avril
2007
ISBN : 9782915542097
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Depuis
les années 20, la maison Steiner dessine et commercialise des
sièges. Jusqu'au 13 mai dernier, les amoureux de la chaise et du
fauteuil ainsi que les simples curieux ont pu découvrir, à
Paris, les réalisations stars de la marque à la galerie VIA de
l'avenue Daumesnil. Comme pour immortaliser cette rétrospective
sur quatre-vingt années de créations, Norma Editions lui
consacrent un livre : Steiner et l'aventure du design…
Zen, Crocus, Tulipe, Tonneau, Papyrus, Coccinelle… Ces noms pas
toujours très évocateurs, cachent des sièges aux designs souvent
étonnants qui auront marqué tant l'histoire de la marque
emblématique qu'est devenue Steiner au fil du temps que
l'histoire du design dans son ensemble. Des années 20 aux années
80, Charles Steiner puis son fils Hugues ont dirigé une
entreprise dynamique et innovante dédiée à l'art du siège. Les
qualités esthétiques et de fabrication de leurs réalisations
leur ont permis de se démarquer de la concurrence en insufflant
un vent de modernité et une audace jamais contestés. L'ouvrage
de Patrick Favardin, docteur en histoire de l'art, retrace une
saga familiale exemplaire. Un livre riche en illustrations pour
un voyage dans l'histoire du design contemporain.
En 1926,
lorsque Charles Steiner s'installe à Paris, faubourg
Saint-Antoine, l'inspiration de ses premiers fauteuils club est
indéniablement de style Art Déco et l'allure anglo-saxonne. Dès
les années 30, Charles Steiner se laisse séduire par le
dépouillement cher à Le Corbusier. Très tôt, il adopte un
positionnement révolutionnaire pour l'époque : il crée du
mobilier contemporain, alchimie moderne et créative du confort
et de l'esthétique. Juif, il est déporté en 1943 dans les camps
nazis et meurt en 1948, trois ans après sa libération. A vingt
ans à peine, son fils Hugues reprend alors l'entreprise.
Musicien émérite, dessinateur doué, il jouit, en plus de ses
qualités artistiques, d'un sens commercial exceptionnel et d'une
brillante intelligente qui lui permettront de conforter le
succès de l'entreprise familiale qui se place à l'avant-garde de
la création.
Pendant
quarante ans, Hugues Steiner n'aura de cesse de créer des
modèles plus audacieux les uns que les autres, n'hésitant pas à
faire appel à des créateurs de renom comme Pierre Guariche,
René-Jean Caillette, Michel Mortier, Joseph-André Motte, Tito
Agnoli, Kwok Hoï Chan ou encore Pierre Cardin dont certaines
créations, qui ont acquis une dimension mythique, sont
aujourd'hui recherchées par les collectionneurs d'art du monde
entier.
Si ces grandes
signatures marquent résolument l'histoire de Steiner,
l'entreprise demeure avant tout un atelier de création puisant
sa force et sa créativité dans l'anonymat d'un travail d'équipe
où Hugues Steiner s'est souvent impliqué personnellement, allant
jusqu'à signer certaines créations comme le modèle Swany, ample
canapé inspiré des causeuses, revêtu de skaï blanc, original et
reconnaissable par son dos en forme de boudin. Une gamme qui
s'est imposée comme le symbole de la modernité dans les années
70. Mais dès les années 50, Steiner œuvre pour une politique de
large diffusion d'un mobilier de qualité, accessible au plus
grand nombre, et caractérisée par la création de l'Atelier de
recherche plastique (ARP). Malgré sa brièveté, ce dernier marque
profondément le paysage du mobilier de l'époque. Certains
prototypes révolutionnaires – comme la chaise Monobloc de Claude
Courtecuisse, la gamme de chaises et tables Kaléidoscope de
Jacques Famery ou les chaises Douda de Jean Dudon – qui
combinent avec virtuosité meuble fonctionnel et meuble-sculpture
ont eu un fort impact médiatique et auront sans conteste marqué
l'histoire du design contemporain.
Pascale Decressac
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