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Pascale Decressac : A
quoi le café français ressemble-t-il ?
José Rodriguez :
Contrairement à l’Allemagne, à la Grande-Bretagne et aux pays
nordiques qui exigent une offre diversifiée de boissons chaudes,
la France se concentre encore sur le petit noir. Les capuccinos,
cafés latte, mocaccinos et autres boissons sophistiquées
élaborées à base de café – certaines de ces boissons très
sucrées et aromatisées ont d’ailleurs peu de rapport avec le
café – sont peu consommées dans les établissements
traditionnels. Seules les enseignes spécialisées comme
Starbuck’s proposent ce type de préparations très éloignées de
l’expresso traditionnel. Les Français sont bien moins exigeants
que d’autres Européens, les Italiens, les Belges et les
Luxembourgeois notamment, en matière de qualité de la boisson,
d’apparence… Le café est un breuvage qui n’a pas encore atteint
ses lettres de noblesse en France comme c’est le cas en Italie
où il est toujours onctueux et réalisé par de vrais baristas.
P.D. : Faut-il
apprendre (ou réapprendre) aux Français à faire du bon café ?
J.R. : Si l’on
enlève son percolateur à un barman italien, c’est comme si on
lui enlevait son outil de travail. En France au contraire, on
n’a plus le temps de faire du bon café ; le consommateur se
retrouve donc face à un café qui n’en a ni l’aspect ni le goût.
La recherche de facilité pousse à l’automatisation : ce n’est
pas un hasard si nos machines – dont la qualité et la robustesse
est reconnue – rencontrent un vif succès en Allemagne, aux
Etats-Unis et au Japon alors qu’elles sont peu vendues en
Italie…Les machines à expresso automatiques permettent de
garantir un breuvage de qualité constante réalisé simplement et
en un minimum de temps. La main de l’homme est un paramètre
essentiel dans la réalisation du café ; le métier de barman
étant peu valorisé en France, considéré comme ingrat, les vrais
professionnels sont rares. Pour obtenir un bon café sans
dispenser une formation pointue aux barmen, le plus simple est
d’utiliser des machines automatiques qui suppriment
l’intervention humaine qui constitue inévitablement un facteur
aléatoire. Mouture, température de l’eau, quantité de café :
tout est réglé à l’avance, il suffit d’appuyer sur un bouton !
P.D. : Il suffit
donc d’une bonne machine pour obtenir un bon café…
J.R. : Non. C’est
avant tout la qualité de la matière première qui compte. Même la
meilleure machine ou le meilleur barista du monde ne
parviendront pas à produire un bon café si l’assemblage de base
est mal choisi et si l’on ne veille pas à la qualité de l’eau, à
l’entretien de la machine et à la conservation du café.
Aujourd’hui, les consommateurs français sont de plus en plus
exigeants quant à la qualité du café. Puisqu’on peut désormais
déguster chez soi un breuvage de grande qualité, pas question de
payer au prix fort un café moins bon qu’à la maison. Pour être
sûr de déguster un café digne de ce nom, les consommateurs ont
besoin d’être rassurés et accordent de plus en plus d’attention
aux marques, ce qui n’est pas pour déplaire aux torréfacteurs de
renom comme Illy, Malongo ou Richard…
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