|
Un petit
café au comptoir pour se réveiller et bien
commencer la journée, un expresso après le
déjeuner pour se donner un coup de fouet pour
l’après-midi, un déca vers 16 heures pour faire
une pause sans absorber trop de caféine et ne
pas passer une nuit blanche. Le café est un
véritable rituel, il rythme la journée : une
pause café pour décompresser en fumant une
cigarette dans la salle de détente du bureau, un
expresso à la terrasse d’un café pour se changer
les idées, lire son journal ou bavarder, un
mauvais café d’autoroute bu en faisant quelques
pas pour se dégourdir les jambes après plusieurs
heures de route. Boisson plaisir ou boisson
prétexte, le café n’est pas qu’un simple
breuvage et les croyances qui y sont associées
sont nombreuses. Ce n’est peut-être pas un
hasard si les diseuses de bonne aventure
lisaient l’avenir dans le marc de café... Et
pourquoi persiste-t-on à croire que l’expresso
est un concentré d’insomnie alors qu’un café
ainsi produit contient deux fois moins de
caféine qu’un café filtré et que cette boisson
n’a pas le monopole de la caféine, substance
cardio-excitante également contenue dans le thé
et même dans le chocolat ? Entouré de tant de
croyances et de stéréotypes, le café n’est pas
un breuvage comme les autres. A l’instar du vin,
il est souvent associé à un mode de vie, à une
culture. Entre le nectar servi dans une tasse de
collection griffée Illy d’un café chic et le
« jus de chaussette » servi dans un gobelet dans
un fast food de supermarché, il y a un monde.
De
l’art de faire un bon café
C’est
loin des universités d’Illy où des maîtres
cafetiers enseignent aux baristas l’art
d’élaborer un café d’exception et aux
cultivateurs les techniques de production d’un
grain de qualité optimale que la plupart des
barmen français ont appris à fabriquer et à
servir le café. Souvent considérée comme
secondaire dans les restaurants, les brasseries
et même les cafés, cette boisson pourtant très
consommée doit être réalisée en un minimum de
temps, estiment de nombreux patrons de bars ou
de brasseries espérant réaliser une marge
maximale en faisant un minimum d’efforts.
Ceux-ci considèrent souvent que le café, réalisé
en quelques secondes, devrait être bu en
quelques minutes. Une philosophie bien
française… Dans l’hexagone, malgré les efforts
déployés par les torréfacteurs de renom, ce
breuvage est souvent négligé alors qu’il suffit
de faire un petit tour en Italie pour constater
que, de l’autre côté des Alpes, il est à l’image
de la dolce vita italienne : onctueux, corsé,
aromatisé, réalisé par de véritables baristas.
Contrairement au vin, le café français n’a pas
encore atteint toutes ses lettres de noblesse.
Certes tout le monde peut produire un jus noir
et chaud ressemblant approximativement à un
café. En revanche, il n’est pas si simple de
faire un bon café, celui qu’on hume en fermant
les yeux, dont on admire la mousse onctueuse se
déposer sur la cuillère et qu’on laisse
s’épanouir en bouche en tentant de deviner
toutes les essences à l’origine de l’alchimie
subtile.
Expresso
presto !
S’il
peut être le prétexte d’une pause, le café est
souvent avalé en quelques minutes plutôt que
d’être dégusté. Pourquoi prendre le temps de
faire un bon café ? Mieux vaut se concentrer sur
le reste, sur la carte des plats, voire sur
celle des vins, mais le café, c’est secondaire,
estiment de nombreux cafetiers et restaurateurs.
Moins de dix secondes, c’est généralement le
temps nécessaire pour faire un café. Dans les
enseignes de restauration rapide, il est souvent
commandé à emporter et bu en marchant.
Qu’importe la tasse pourvu qu’on ait l’effet,
pourrait déclamer un Musset contemporain au
comptoir d’un fast food. « Les gens ne
prennent même pas le temps de s’asseoir.
Pourtant, ce n’est quand même pas si long de
boire un expresso ! », s’exclame le
responsable d’un restaurant Pomme de pain en
expliquant que la direction insiste pour que les
employés vendent un maximum de cafés. En effet,
la marge que permet de réaliser le café est
énorme : préparé en quelques secondes, il est
vendu 1,30 euros et ne coûte que 14 cents au
restaurant, gobelet, agitateur, sucre, chocolat
et service compris. La marge est environ deux
fois plus importante que pour un sandwich. La
consigne est donc d’accroître le débit, de ne
perdre de temps à faire le café et de se
concentrer davantage sur la qualité des mets et
du service.
Le
rêve américain des fast food français
Besoin
de se réveiller pour bien aborder la journée ?
Plus besoin d’aller dans le troquet du quartier
pour avaler un expresso chargé en caféine. Le
café est aujourd’hui présent partout, de
l’automate sur le quai de la gare au Mc Do, on
trouve partout son petit noir à boire au
comptoir ou à emporter. Les couvercles
permettent désormais de l’emporter partout sans
risque de le renverser (à moins d’avoir si peu
d’énergie qu’on s’endorme sur sa tasse en
carton) et de le boire de marchant. Mimétisme
avec nos cousins nord-américain qui déambulent
dans les rues, un gobelet de café de 50 cl à la
main, ou phénomène naturel dû au rythme de vie
des citadins occidentaux toujours trop pressés,
toujours est-il que la vente à emporter tend à
se développer. Dans les chaînes de restauration
rapide comme Pomme de pain ou Mc Donald’s, le
café est vendu essentiellement à emporter, les
« fast fooders » n’ayant pas le temps de se
poser pour déguster leur breuvage (qui ne vaut
parfois pas la peine de s’asseoir) et préférant
le consommer en léchant les vitrines ou en
rentrant au bureau. « Rares sont les clients
qui commandent un café le midi, observe le
responsable d’un restaurant Pomme de Pain,
car ils n’ont pas le courage de refaire la queue
pour commander un expresso, à moins que
la salle de restauration dispose de machines à
café à jetons ».
Pour
dynamiser les ventes de café, les chaînes de
restauration rapides ont sont donc de plus en
plus nombreuses à proposer des formules « 2 en
1 » comportant un café ou une autre boisson,
chaude ou froide selon la saison, accompagnée
d’une gourmandise (une viennoiserie le matin,
une pâtisserie l’après-midi).
Le
café, la conclusion du repas
S’il
est « l’ami du petit déjeuner », le café est
également associé au déjeuner. Pour se redonner
de l’énergie pour l’après-midi, rien de tel
qu’un bon expresso fort en caféine. Si la
caféine est certes importante… le goût laisse
parfois à désirer. En effet, le café est trop
souvent considéré comme secondaire et, même
sucré, il est relégué au rang d’accompagnateur
de l’addition, salée si possible. Pourtant,
c’est sur cette note que le consommateur conclut
son repas et il tient compte de cet élément pour
évaluer, in fine, la prestation qui lui a été
offerte. « De nombreux établissements
cherchent à rentabiliser au maximum sur le café
en vendant un breuvage bon marché de qualité
médiocre. C’est à mon avis un mauvais calcul
car, si le café est bon, le client finit son
repas sur une note agréable et commande parfois
un second café », observe Stéphane Lippman,
directeur général de Saeco France.
Faute
d’investir suffisamment dans la qualité de leur
main d’œuvre, de nombreux établissements ne
forment pas leurs barmen qui disposent de moins
de 30 secondes pour attraper la tasse, la poser
sur le percolateur préalablement chargé en café
moulu et la remplir du breuvage sombre et chaud.
Pas le temps de moudre le grain ni d’humer
l’arôme. Pas le temps non plus de former les
barmen à la confection du café. La formation est
effectivement secondaire, l’essentiel étant de
produire le plus rapidement possible un résultat
correct. « Vue l’importance du turn over, les
barmen ne prennent pas le temps de former »,
observe-t-on chez Melitta. La solution pour
produire un café offrant un bon rapport
qualité/prix : utiliser des machines
automatiques simples d’utilisation.
Les
machines automatiques : rapidité, simplicité,
efficacité
Pour
servir rapidement leurs clients pressés, les
établissements débitant une grande quantité de
café utilisent de plus en plus souvent des
machines automatiques qu’il suffit d’alimenter
en eau et en café et de régler en fonction du
résultat attendu. Mouture, température de l’eau,
pression : tout est réglé à l’avance et il
suffit au serveur, pouvant rarement se prévaloir
du titre de barista, de presser un bouton et
d’attendre – entre deux commandes – le breuvage
couler dans la tasse et le servir,
éventuellement agrémenté d’une cuillère, d’un
sucre empapilloté, d’une douceur chocolatée et
d’un sourire de courtoisie. Les fabricants de
machines à café automatiques soulignent à
souhait l’un des principaux atouts de leurs
machines : la constance du résultat obtenu, non
soumise au paramètre aléatoire du savoir-faire
humain. Les machines à capsules se développent,
surfant sur la vague porteuse du marché des
machines à expresso destinées à l’usage
domestique qui rencontrent un vif succès. Après
avoir envahi les foyers et les entreprises, la
Nespresso dont la saveur du café gourmet fait
quasiment l’unanimité, s’invite dans les salles
de conférence, les bars, les restaurants, les
salles de petit déjeuner et même les suites
d’hôtels. Quoique simples d’utilisations,
offrant une grande variété de produit dont les
qualités gustatives sont préservées, elles
souffrent d’un handicap majeur : le coût des
dosettes pouvant être jusqu’à 25 fois supérieur
à celui du café moulu. Souvent plus onéreuses,
les machines automatiques, très répandues en
Allemagne et dans les pays nordiques, sont
encore marginales en France mais séduisent de
plus en plus de chaînes de restauration rapide.
« En Allemagne, 70 % des cafés vendus
contiennent du lait. Or les produits lactés sont
difficiles à réaliser manuellement et les
machines automatiques font gagner un temps
précieux », explique Monsieur Lemière,
responsable de WMF.
Des
consommateurs de plus en plus exigeants et
assoiffés de nouveauté
Le
boom récent des machines à expresso pour
particuliers a constitué une petite révolution
dans le marché du café. De nombreux
consommateurs ont en effet été sensibilisés au
plaisir de boire un café de qualité et sont
désormais de plus en plus exigeants quant à la
qualité des boissons qui leur sont proposées
hors domicile. « Les consommateurs, habitués
à boire chez eux un café de qualité, ne sont
plus prêts à payer au prix fort un café moins
bon qu’à la maison », observe José Rodriguez,
directeur de Cimballi, fabricant de matériel
italien.
« Ce
sont les habitudes de consommation hors domicile
qui ont influencé les habitudes de consommation
"à la maison". C'est en goûtant à l'espresso
hors domicile que celui-ci a pu faire son entrée
dans les foyers, affirme quant à lui Fabien
Laxague, responsable marketing et produits chez
Nespresso, les premiers systèmes
commercialisés par Nespresso en Suisse, en 1986,
étaient destinés aux entreprises. Les clients
ont ensuite fortement plébiscité ce système
unique alliant une machine technologique à des
Grands Crus de cafés et à un service client
dédié, pour qu'il entre dans leurs foyers ».
Les
Français sont de plus en plus amateurs de bon
café et cela n’est pas pour déplaire aux
torréfacteurs de renom comme Illy ou Malongo qui
affichent plus qu’une boisson, un label de
qualité. Conscients de la méconnaissance des
barmen en matière d’élaboration du café, ceux-ci
développent des machines automatiques qui
permettent d’obtenir, sans habileté
particulière, un breuvage digne du plus
talentueux barista italien. L’exigence
croissante des consommateurs constitue une
aubaine pour les torréfacteurs qui rêvent que
les Français rejettent le petit noir âcre pour
exiger l’expresso de grand cru mais aussi
d’autres recettes telles le macchiato, le
capuccino ou le caffe latte, très prisées des
Italiens mais également des Belges, des
Luxembourgeois, des Allemands… « L’attention
qu’on prête à la qualité du café est souvent à
l’image de l’attention qu’on porte à la qualité
du service et de la gastronomie en général.
Avant de penser à diversifier l’offre, il faut
faire un bon café expresso », observe-t-on
toutefois à la direction des cafés Richard.
L’instant
plaisir
Eduqués
chez eux au goût du vrai expresso, les Français
exigent non seulement un café de qualité mais
aussi un « petit plus » qui fait toute la
différence, un carré de chocolat ou une amande
chocolatée par exemple. Associé à un instant
plaisir, le café devient dessert, il accompagne
avec bonheur un assortiment de pâtisseries et se
mue en café gourmand. Réjouissant pour le palais
des gourmets, le mariage café / douceur enchante
aussi les professionnels qui ont bien compris
que cette association constitue une réelle
valeur ajoutée pour les consommateurs qui
apprécient les packages et sont prêts à mettre
la main au porte-monnaie pourvu que la promesse
gourmande soit tenue.
Les
boissons gourmandes gagnent du terrain
La
pause sucrée rencontre un franc succès. En guise
de dessert ou de goûter, certains optent non pas
pour le duo boisson chaude / friandise mais pour
le « tout en un » : la boisson gourmande. Un
capuccino ou un café viennois en guise de
dessert, pourquoi pas ? Les boissons chaudes
gourmandes, lactées, sucrées, aromatisées
envahissent les cartes des cafés, des salons de
thé… et même des restaurants et des enseignes de
« prêt-à-manger ». Profitant de la notoriété et
du succès grandissant de Starbuck’s en France,
les marques de café et de chocolat n’hésitent
plus à appâter les clients CHR en leur proposant
de nouveaux produits tout prêts ou des additifs
(des sirops notamment) permettant d’enrichir
leur carte de recettes. « En étoffant leurs
cartes de boissons aromatisées qui présentent
une réelle valeur ajoutée pour les
consommateurs, les cafés peuvent justifier une
augmentation de prix », remarque Valérie
Dureau, responsable marketing des cafés Folliet.
Un constat partagé à la direction de WMF : « Les
spécialités constituent une chance de
revaloriser le bar en proposant des produits à
plus forte valeur ajoutée que le café basique »,
estime Monsieur Lemière.
De plus,
en ne se limitant pas au café basique, les bars
peuvent étendre leur cible à des clients non
amateurs de café, les jeunes et les femmes
notamment, habitués aux boissons sucrées.
« Nos boissons gourmandes s’adressent à tous les
amoureux du chocolat », observe-t-on à la
direction de Monbanna, spécialiste du chocolat.
En
outre, le fait de proposer une grande variété de
recettes permet d’étendre la plage horaire de
vente du café. L’après-midi, le café devient
salon de thé et attire de nouvelles populations
n’ayant pas l’habitude de fréquenter les bars.
L’art
d’éduquer les papilles
« En
France, la consommation de café a tendance à
diminuer. Autrefois, on consommait du café en
famille. Aujourd’hui, on consomme également
d’autres boissons, des jus de fruit, des
sodas… », observe-t-on à la direction des
cafés Richard. Comment enseigner à la génération
coca le goût de l’authenticité, le retour aux
« vraies valeurs gustatives » ? Hormis en
période d’examens où le café, conçu comme un
breuvage fonctionnel, est consommé à outrance
par des étudiants recherchant uniquement
l’efficacité de la caféine propice à la
concentration et à la mémorisation, cette
boisson est souvent délaissée au profit de
boissons plus sucrées. « Les nouvelles
générations recherchent des produits doux,
sucrés, exotiques et originaux, personnalisés en
fonction de leurs goûts mais face à l’étendue de
l’offre qui leur est proposée, ils sont
rapidement perdus. Il est donc essentiel
d’éduquer les consommateurs », remarque
Amélie Jugan, chef de produit chez Kraftfoods
Europe. A l’instar du vin peu consommé par les
jeunes adultes qui lui préfèrent les « soft
drinks » ou les mélanges composés d’alcool fort
(whisky, vodka…) et de jus de fruit ou de soda,
le café n’a pas la faveur des papilles « adulescentes ».
Néanmoins, mélangé à du lait, à du sucre et
éventuellement servi frappé, il séduit
davantage. Or, si elle est peu identifiable aux
palais non avertis, la présence de café
contribue à éduquer et à sensibiliser à cette
nouvelle saveur les jeunes qui, plus tard,
continueront certainement de consommer du café…
peut-être seul sans additif sucré, lacté ou
aromatisé.
L’esprit
du lieu
Sous
l’impulsion de Starbuck’s et de Columbus café,
les concepts d’enseignes spécialisées dans le
café se développent, s’inspirant de concepts nés
outre-atlantique. Les cafés longs, les boissons
lactées et sucrées, dont la consommation est
importante dans les pays d’Europe du nord, en
Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis
notamment, commencent à gagner du terrain en
France. De plus en plus nomades, les Français
découvrent effectivement, au cours de leurs
voyages, de nouvelles habitudes de consommation
qu’ils apprécient et plébiscitent ; plus que des
boissons, ils adoptent des concepts.
Incontestablement, ce n’est pas uniquement une
carte de cafés et de restauration rapide mais
aussi un lieu, un mode de vie que proposent
Columbus ou Starbuck’s. « Pour nous, le café
est un endroit où on se fait plaisir, c’est un
lieu social où le client doit passer l’un des
meilleurs moments de sa journée », explique
Luc Heitz, responsable de Columbus café.
Travailler, bavarder, nouer ou resserrer des
liens : le café est un lieu de vie où l’on peut
passer un moment privilégié. Face aux bars à
thèmes et aux pubs « tendance » qui offrent à
une clientèle confortablement installée dans des
canapés tout confort une variété de recettes
servies dans de la vaisselle design, le zinc du
bistrot de quartier ne fait plus le poids… et, à
prix égaux, il perd d’office. Comme chez soi, on
peut rencontrer des amis, discuter passer du bon
temps sans bouger le petit doigt (à part
peut-être pour remuer la cuillère dans sa
tasse). De plus en plus adeptes du cocooning,
les consommateurs recherchent le confort et le
bien-être qu’ils apprécient chez eux et les
recettes qu’ils ne peuvent pas y préparer. Le
fait de proposer une large gamme de préparations
gourmandes est donc un atout indéniable car les
clients sont prêts à mettre le prix pour un
service présentant une valeur ajoutée. « Bien
souvent, le prix dépend davantage du lieu que de
la qualité du produit », remarque Stéphane
Lippmann.
Dessine-moi
mon café… à mon image !
Produits, environnement, concept : les
consommateurs recherchent un lieu qui leur
ressemble, dont ils partagent les valeurs,
auquel ils puissent s’identifier. Si Columbus
Café a adopté bien en avance la loi anti-tabac
dans ses établissements, c’est dans un souci de
cohérence par rapport aux valeurs de la marque.
« Ne pas vendre d’alcool et interdire la
cigarette dans nos cafés est en cohérence avec
l’hygiène de vie qui fait partie des valeurs
fondatrices que nous défendons en proposant des
produits sains, naturels, diététiques »,
explique Luc Heitz. Mettre en avant des valeurs,
un style de vie, un savoir-être pour renvoyer
aux consommateurs une image qui leur convient et
leur ressemble... l’idée n’a pas convaincu
seulement les chaînes comme Starbuck’s ou
Columbus… mais aussi les torréfacteurs. Plus
qu’un nom sur un paquet de café, la marque est
une empreinte, un moyen de marquer son
territoire, de gagner pour de bon un public déjà
séduit. Avec ses tasses décorées par des
artistes célèbres, Illy affiche clairement son
objectif : « que tout le monde ait de l'art
plein la bouche » car « la beauté a un
goût ». Le torréfacteur italien – qui assure
que son mélange unique d’arabicas est le
meilleur café du monde – mène des actions de
mécénat et n’hésite pas à faire de l’art sa
marque de fabrique et à l’exposer dans ses cafés
présents aux quatre coins de la planète.
« Nos bars à l’italienne accueillent tous ceux
qui partagent nos valeurs, notre idée du goût et
de l’art de vivre. Si notre café est le
meilleur, il est aussi le plus cher du monde
mais la qualité a un prix et les clients le
savent », assure Luigi Tomassini, PDG d’Illy
France. Défenseur de l’art pictural, Illy
regrette que l’art de la confection du café
n’ait pas passé les frontières et que la qualité
de l’expresso français vendu dans les cafés soit
si médiocre comparé à l’espresso italien et que
les patrons de cafés et de restaurants ne soient
pas plus sensibles à la qualité de cette
boisson. Entre la dolce vita à l’italienne et l’american
way of life, le café français cherche toujours
sa place. Peut-être trouvera-t-il finalement sa
véritable identité dans le mélange subtil d’un
mariage métissé multi-culturel…
Pascale Decressac
|