Accueil

 

Articles

CV Contact
     

Revue Urbanisme Hors série n° 31 :

Actes de la 27e rencontre nationale des agences d'urbanisme, novembre 2006

                 
Ateliers et reportages De la mobilité à la mobilisation
L’augmentation rapide de la population, qui conduit à la congestion progressive des trafics, et son vieillissement inéluctable, qui entraîne une perte relative d’autonomie, sont au moins deux raisons pour repenser la chaîne de déplacement. Comme l’affirme en substance Éric Molinié/1, l’enjeu n’est plus d’aller d’un point “A” à un point “B”, mais de rendre accessibles les points “A” et “B”. Cela semble être le “B-A BA”, mais il a fallu que le législateur s’en mêle pour que la mobilisation des uns crée le “droit à la mobilité” des autres. Un vaste chantier évoqué au sein des deux ateliers organisés lors de la rencontre nationale/2. 1/ Eric Molinié, chargé de mission au cabinet de la présidence d’EDF, était le “grand témoin” de l’atelier n°1, intitulé “Handicap : faire bouger la vie et la ville”, proposé par l’Agence d’urbanisme de la région
angevine, le Comité de liaison des handicapés, le Certu, France Qualité publique et EDF.


2/ Le second atelier (n°9), intitulé “Vers un service public de la mobilité durable”, était proposé par le GART (Groupement des autorités responsables de transport).

 
  Vers un service public de la “mobilité durable” ?

 

Même si les citadins “branchés”plébiscitent
le vélo, la ville doit “offrir un transport adapté à chacun”.

Après Londres et Rome, plusieurs grandes métropoles européennes cherchent des moyens de réduire la circulation des voitures en centre-ville. Si un bon “maillage” de l’agglomération en transports en commun est indispensable pour convaincre les automobilistes de laisser leur véhicule au garage ou d’y renoncer tout bonnement, cela n’est pas suffisant. De nombreuses villes mettent donc en place des systèmes alternatifs innovants. C’est ce que proposait de découvrir l’atelier animé par Chantal Duchène, directrice générale du GART.


Bannie du centre, tolérée en périphérie ?

Le projet “Auto-partage”, initié à Nantes et pratiqué dans quelques villes, est un service de location de voitures à l’heure destiné à une clientèle de particuliers et de professionnels souhaitant utiliser de temps en temps un véhicule personnel pour des déplacements en périphérie. “L’objectif est de rendre facilement accessibles les stations de location de voitures, situées à proximité des lieux de transport collectif”, explique Olivier Sorin, chargé des transports collectifs à la communauté Angers Loire Métropole, qui ajoute que “le dispositif concerne un marché restreint et ne devrait pas entraîner une réduction significative des trajets en voiture”. Comme à Brême ou à Strasbourg, les véhicules doivent être remis là où ils ont été empruntés. L’auto-partage se présente comme une offre complémentaire aux transports en commun bien adaptée aux déplacements de centre ville à périphérie.

Mobilité “écolo-logique”

La Communauté d’agglomération de La Rochelle, qui regroupe dix-huit communes, a mis en place pour sa part une offre multimodale et intermodale complète. Une régie gère les transports publics sur neuf communes de l’agglomération. Depuis 1985, La Rochelle a mis en place le transport à la demande 24 heures sur 24, grâce à un système de taxis, ainsi qu’un service de “bus de mer” et un prêt de vélos en libre-service accessible grâce à un paiement par carte et à une tarification commune. L’agglomération a aussi lancé le service “Liselec”, qui repose sur l’utilisation de voitures électriques en temps partagé, accessibles en libre-service et en permanence par des clients abonnés, ainsi que “Elcidis”, plate-forme de déchargement utilisant uniquement des véhicules électriques, qui assure le transport des marchandises et propose la livraison des courses à domicile. Innover, conduire une démarche de développement durable, trouver des alternatives à la voiture en cherchant des solutions intelligentes : la Ville affiche son attachement à “offrir un transport adapté à chacun”. Les habitants sont en outre encouragés à laisser aux parkings situés en périphérie leurs véhicules pour emprunter les transports en commun. “La circulation en voiture commence à diminuer dans le centre ville, mais pas en périphérie”, note toutefois Jean-Marie Grellier, directeur transport et déplacement de la Communauté d’agglomération.

La “petite reine” des circulations douces
Depuis le 19 mai 2005, le Grand Lyon a mis à la disposition des habitants un parc de 3 000 vélos en
libre-service, répartis sur 250 stations implantées à Lyon et à Villeurbanne. Avec une gratuité d’utilisation de trente minutes à une heure selon les modalités d’abonnement, chacun peut, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, prendre un vélo pour se rendre d’un point à un autre ou, pour une somme modique, le conserver un peu plus longtemps. Le vélo en location a déjà séduit plus de 70 000
abonnés, soit plus d’un Lyonnais sur dix. Utilisés sur de courtes distances pour les déplacements
domicile-travail réalisés en semaine (64 %), les vélos font désormais partie du quotidien. Ils se substituent volontiers au métro, au bus ou à la marche à pied, mais moins à la voiture. “Une nouvelle culture des déplacements urbains est née grâce à Vélo’v”, remarque Bernard Lensel, qui souligne l’augmentation de l’équipement des ménages en vélos personnels.

Le coût de la “mobilité innovante”
Le développement des transports écologiques a cependant un coût. Jean-Marie Grellier souligne l’importance de l’investissement réalisé à La Rochelle pour la mise en place des plans de mobilité pour les déplacements alternatifs à la voiture particulière. Il insiste sur l’intérêt de la mutualisation des services de transport : “La rentabilisation rapide du système de livraison comblera le déficit prévisible des voitures en temps partagé qui ne devraient pas être rentables avant une douzaine d’années”, explique-t-il. À Lyon, l’investissement réalisé dans le cadre de “Vélo’v” est également significatif. “Cela représente un investissement de 3 000 euros par vélo, soit un coût de plusieurs euros par déplacement”, reconnaît Bernard Lensel. Enfin, Olivier Sorin insiste sur le nécessaire soutien des pouvoirs publics pour la mise en oeuvre de l’auto-partage, qui sera certainement déficitaire pendant plusieurs années. Pour Chantal Duchène, ces initiatives constituent une “alternative intéressante” aux transports en commun et à la voiture particulière pour les habitants de centre-ville. Soulignant la pertinence du système multimodal développé à La Rochelle offrant à la population un large panel de choix de déplacement, elle regrette en revanche l’absence d’amélioration des déplacements pour les personnes vivant à la périphérie des agglomérations. Un constat appuyé par Bernard Lensel qui indique qu’à Lyon les parkings se sont déplacés de l’hyper-centre vers les quartiers périphériques. Or, c’est en centre-ville que le maillage du territoire en transports en commun est le mieux organisé, que la circulation à vélo est la plus aisée…
Certes, les citadins “branchés” plébiscitent les transports écologiques, vélo en tête, mais que représentent-ils par rapport à la population urbaine dans son ensemble ?

Pascale Decressac.