
Face
à la page blanche, livre bloc note, 192 pages à écrire soi
même, 10 €. | Voyage... Nirvana, Enfer, Paradis, à chacun
de choisir le tampon de sa destination, 16 € l'unité. |
Vendre la peau de l'ours… une affaire de peaux, d'ours et de
tapis, drôle de bête (200x250), 500 €.

Respectivement à gauche et à droite, Ivan Duval et
Jean-Sébastien Ides.

1. .
Pour un frigo vachement beau, Cowsticks ou 6 taches noires
vachement facile à poser, 16 €.

2.
Après le verre à moitié plein, celui à moitié vide, le verre
baveur… le dessous de verre trompeur, renversant ! 13 € le lot
de deux

3.
Sucré, salé… à parts égales, (23x23 cm) 9 € l'unité.
www.atypyk.com |
ATYPYK… RÉSOLUMENT !
Un frigo-vache, une serviette-cravatte, un
fromage-éponge et une photo-miroir… Dans leurs créations, Ivan
Duval et Jean-Sébastien Ides, les deux "pères" d'Atypyk, ne
dévient jamais de leur chemin directeur : la liberté. Amis
depuis près de 20 ans, ils ont eu envie de travailler ensemble
et ont créé, à la fin des années 90, une MFONI (marque française
aux objectifs non identifiés) judicieusement nommée Atypyk.
Décryptage.
A la fin des années 90, Ivan travaille
dans une agence de publicité et Jean-Sébastien galère un peu,
s'essayant à la BD et aux arts plastiques avant de faire ses
valises pour partir un an à Oslo. "Quand je suis revenu, j'avais
l'impression que cette année ne m'avait servi à rien, que je
n'avais rien fait !", explique-t-il. Et pourtant, c'est en 1997,
après cette année norvégienne que lui vient l'idée lumineuse de
décorer son frigo… en vache. "A cette époque, les réfrigérateurs
étaient tous blancs et laids", rappelle-t-il. Comment faire d'un
objet aussi volumineux, (devenu) indispensable et présent dans
chaque cuisine un objet décoratif ? En le grimant en vache grâce
à de grands autocollants noirs. L'idée fait immédiatement un
tabac. Rapidement, les stickers tâches de vache se vendent dans
le monde entier et donnent naissance à Atypyk !
Dès lors, les deux jeunes trentenaires sont pris au sérieux par
les professionnels. On les questionne sur leurs ambitions, leurs
souhaits, on les consulte. Il s'en faut sans doute de peu pour
qu'ils se prennent eux-mêmes au sérieux… Puis on leur suggère de
participer à des concours de jeunes créateurs. Et, loin de
laisser indifférents, leurs idées rencontrent un écho très
positif dans la presse et le milieu artistico-décoratif. "Nous
n'avions pas d'idée claire sur ce que nous voulions faire mais
il y avait une chose dont nous étions sûrs : nous voulions être
libres", affirme Ivan Duval.
Malgré le succès des tâches de vaches à coller, les deux hommes
refusent de céder à la facilité en déclinant leurs stickers de
frigo façon girafe ou zèbre, comme beaucoup le leur suggère.
"L'intérêt n'était pas de nous spécialiser dans la décoration de
frigos. En plus, les autres déclinaisons n'avaient pas la même
logique. La vache rappelle le lait et la viande que l'on trouve
dans le frigo. Or on ne trouve pas encore de zèbre ou de girafe
il me semble ! Et puis, les tâches de girafe n'auraient pu
s'adapter que s'il y avait eu des frigos jaunes, ce qui n'était
pas le cas. Quant aux zébrures, elles auraient été trop
difficiles à coller et trop coûteuses à fabriquer !", explique
Ivan Duval.
ART OU PAZ'ART, TELLE EST LA QUESTION…
"Nous voulons proposer des produits que
les gens puissent s'approprier", affirme Jean-Sébastien Ides.
Pas question de fabriquer des objets d'art contemporain destinés
aux seuls amateurs éclairés… et fortunés ! Entre design et art
contemporain, Atypyk ne cherche pas vraiment à se positionner.
"Nous nous essayons parfois au design tentatif", assure
Jean-Sébastien Ides. Si les assiettes part de tarte ou les
chiens paillassons sont clairement des objets décoratifs qui
trouvent naturellement leur place dans n'importe quelle boutique
de décoration, le tampon à passeport Destination Paradis, Enfer
ou Nirvana, s'apparente plus à un projet artistique. Quant au
tricycle/tondeuse à gazon, il est difficilement
commercialisable… et sa fabrication coûte très cher. Or,
derrière leur apparente insouciance, Ivan et Jean-Sébastien se
préoccupent du coût. "L'économie reste notre principe de
fonctionnement", affirme Ivan Duval. D'où l'intérêt de fabriquer
de petits objets car "cela permet d'en faire plus et de prendre
moins de risques !". Plutôt que de se lancer eux-mêmes dans la
fabrication de gros objets, ils ont opté pour une autre solution
: proposer leurs idées librement sur leur site Internet à ceux
qui envisagent de les réaliser.
L'OBJET UNIVERSEL
Hétéroclisme, le terme convient
parfaitement à Atypyk tant les créations sont diversifiées.
Tantôt grand public, tantôt destinés à quelques experts de l'art
alternatif, les objets atypiques de la marque presque éponyme
sont vendus aussi bien dans les boutiques d'objets originaux que
dans les boutiques de musées et même dans les galeries d'art. Et
ce dans une trentaine de pays du monde, de l'Angleterre au Japon
en passant par les Etats-Unis, la Russie ou la Turquie.
"Beaucoup de gens pensent qu'Atypyk est une société américaine
qui fait fabriquer ses produits en Chine !", observe Ivan Duval.
Il faut dire qu'ils ne font rien pour revendiquer leur "Francitude".
Au contraire, ils misent plutôt sur l'universalité. Ainsi la
cerise (bougie) sur le gâteau ou le micro éponge pour chanter
sous la douche… sont la concrétisation en objets d'expressions
universelles. Cette idée de mettre en objets des expressions est
sans doute l'une des originalités d'Atypyk. "Nous nous sommes
créés un territoire", estime Jean-Sébastien Ides qui reconnaît
même exploiter en quelque sorte un filon. Ils s'amusent ainsi à
nous offrir une autre vision de nos expressions quotidiennes
prises au pied de la lettre. "Une expression naît d'une
expérience. Nous imaginons l'expérience initiale, nous jouons
les perturbateurs avec ce que la plupart des gens considèrent
comme acquis, et c'est cela qui étonne et déroute", explique
Jean-Sébastien Ides.
CHICHE ?
Libres de créer ce qu'ils veulent comme
bon leur semble, Ivan Duval et Jean-Sébastien Ides se sont aussi
fixés un autre principe immuable : être sincères. A l'origine de
chaque objet, il y a une blague, un fou rire ou un "chiche ?"
lancé comme une provocation d'enfant. Quand on crée une
serviette éponge costume de fantôme, un roudoudou cuillère ou un
cochon tirelire puzzle à reconstruire, c'est que l'enfance n'est
peut-être pas si loin. Et, tout comme les enfants, ils ne font
pas de concessions ou seulement l'un vis-à-vis de l'autre. "Nous
devons être parfaitement en accord avec ce que nous proposons",
explique Jean-Sébastien Ides. Ils se censurent donc mutuellement
de temps en temps "parce que, malheureusement, nous ne pouvons
pas mettre en objets toutes nos idées", remarque Ivan Duval.
Chaque nouvel objet créé est donc un coup de poker. Incapables
d'anticiper l'accueil du public, ils se contentent de créer ce
qui leur tient à cœur et tant mieux si ça plaît et si ça fait
boule de neige. "Une boule de neige, ça fond très vite et, pour
ne pas qu'elle disparaisse, il faut l'alimenter sans cesse",
remarque Jean-Sébastien Ides. Si les formes et les matières
varient, l'esprit ne change pas. Invariablement atypique !
Pascale Decressac
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